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Mot du Président et Discours

Il y a dix ans, la communauté roumaine célébrait avec fierté un siècle d’existence en sol canadien.

Avant la révolte populaire de 1989 en Roumanie, le nombre d’immigrants roumains était négligeable, car ceux qui réussissaient à traverser la frontière devaient affronter la répression de l’un des régimes les plus tyranniques qui soit ; après le moment 1989, l’immigration roumaine a explosé. Ainsi, dans la région de Montréal, pendant une période de vingt ans uniquement, la communauté roumaine a atteint le chiffre de cinquante mille. Il y a quelques années, les statistiques mettaient en évidence le fait que la langue roumaine était la septième langue parlée à Montréal.

Lors de son premier mandant, le Premier Ministre du Québec, Jean Charest, saluait – je cite  - « la contribution significative de tous les membres de la communauté roumaine québécoise au développement économique, social et culturel de notre société. Vos actions témoignent de la vitalité et du dynamisme de votre communauté».

À cette époque-là, ce dynamisme se manifestait particulièrement au niveau individuel : les membres de notre communauté – encore jeune – avaient une réputation professionnelle remarquable là où ils travaillaient, dans des écoles, des banques, des hôpitaux ou dans des entreprises plus petites ou plus grandes.  Je vous donne un exemple : à partir de l’an 2000, les ingénieurs d’origine roumaine de la plateforme industrielle de la partie centre-ouest de Montréal ont commencé à organiser des rencontres annuelles. Je me souviens qu’à la première réunion, nous étions 10 ou 15 personnes, provenant surtout du domaine de l’aéronautique. En 2006, la liste des participants dépassait 300 personnes. Nous avons même dû renoncer car le restaurant ou nous avions établi notre quartier général était devenu insuffisant.

Le trajet parcouru par l’immigration roumaine est typique pour des gens provenant d’un system fermé et qui, avant l’arrivée au Canada, n’avaient pas connu les mécanismes de l’économie de marché. La société d’origine, celle roumaine, offrait aux gens une bonne éducation mais suffoquait tout esprit d’initiative personnelle ou d’entreprenariat : l’économie était dirigée, planifiée et contrôlée exclusivement par l’État. Les gens, à tous les niveaux et dans tous les domaines, n'avaient qu’à suivre les directives tracées par le Parti communiste. Il était prévisible que pour beaucoup de professionnels, le contact avec une économie de marché, basée sur la concurrence, la compétition, qui encourage l’initiative et l’innovation nécessite une certaine période d’adaptation et d’intégration au nouvel environnement. Or, comment acquérir cette nouvelle culture économique sinon en travaillant à côté de nos nouveaux concitoyens ?

Entre temps, les membres de notre communauté avec un esprit entrepreneurial plus marqué ainsi que des nouveaux arrivants formés généralement dans des écoles européennes après la chute du régime communiste ont décidé de réunir leurs forces et mettre en pratique les résultats de leur expérience canadienne. On remarque ainsi un nombre impressionnant de gens, surtout dans le domaine financier, immobilier, bancaire et même artistique, qui ont pris l’initiative de travailler à compte propre. La démarche pourrait être qualifiée par certains comme timide ou trop lente, car il nous a prit vingt ans avant de commencer à nous faire remarquer. Je préfère la nommer lucide et prudente, car les gens ont préféré la maturité avant de se lancer dans tous sorts d’expérimentes infructueux. Il est évident que l’enthousiasme est une caractéristique très importante pour chaque entrepreneur mais, en même temps, la prudence, la patience, la planification documentée et l’expérience représentent aussi la garantie d’une vision à long terme et d’un avenir solide.

Dans ce contexte, nous croyons qu’il est venu le moment de passer à l’étape suivante, celle où nous pouvons apporter véritablement notre contribution au développement économique de la province en tant qu’entreprises privées qui dépassent le niveau de free-lance. Je ne veux pas ignorer les entreprises existantes, et nous en avons parmi nous ce soir quelques exemples. Nous avons le devoir envers la société d’accueil et envers nous-mêmes d’encourager l’esprit entrepreneurial, de faciliter les relations d’affaires, et d’appuyer le potentiel innovateur de la communauté roumaine. Autrement dit, notre éducation et nos diplômes sont bons, mais nous devons les traduire dans la pratique canadienne.

Dans ce sens, l’Association des gens d’affaire roumains du Québec s’inscrit tout à fait naturellement dans la série de démarches initiées jusqu’à présent. Pour la communauté roumaine, AGAR n’est pas la première initiative de ce genre. Il suffit de nomment par exemple, au Québec, L’Association des ingénieurs roumains d’aéronautique, La Chambre de commerce, créée par La Fédération des associations roumaines de Canada, alors qu’en Ontario il faut citer l’Association des ingénieurs roumains.

De l’autre côté, il y a un dialogue permanent – à travers la presse de langue roumaine d’ici – entre les gens d’affaire et la communauté roumaine, notamment à travers des articles sur des thèmes concernant la gestion d’affaire, ayant comme résultat la publication d’un volume bien accueilli dans le milieu d’affaire montréalais.

Tout cela a un apport considérable à la formation d’une culture entrepreneuriale dans la communauté roumaine qui caractérise beaucoup de ses membres et qui n’ont besoin que d’un contexte favorable pour s’épanouir.

Aujourd’hui, nous vivons tous ce contexte. Il est créé par la situation économique locale et celle globale, et surtout par la crise des dernières années. Je mentionne cette situation, car souvent les crises sont en fait une véritable source d’opportunités. Souvent, le confort et la stabilité économique découragent l’initiative, tue l’innovation, et le rythme du progrès est ralenti sinon annihilé. La crise économique des années 2008-2009 a été une  nécessité. À  part le phénomène Wall Street, la logique de l’économie du marché s’est imposée définitivement au niveau social : pensez aux résultats des élections du 2 mai !

L’appariation de cette association marque ce moment de grandes opportunités à tous les niveaux. Elle veut encourager chaque membre de la communauté à libérer son esprit créateur, car le marché est plus que jamais ouvert à toute initiative entrepreneuriale. AGAR est le milieu par excellence du dialogue car elle née du dialogue. AGAR est apparu non pas uniquement comme le désir de la communauté roumaine de s’affirmer économiquement, mais aussi de celui de la société où nous vivons. À la base de sa naissance se trouve l’initiative de Madame Simona Hodos, entrepreneur culturel et membre fondatrice de cette association, et de Madame Lise Drolet, la directrice de la Caisse Populaire Desjardins. On remercie les deux pour cette magnifique initiative et pour leurs efforts.

Dorénavant, c’est à nous tous de mener à bon port les démarches nécessaires afin d’accomplir notre mission qui, dans une première étape, se propose d’encourager l’esprit entrepreneurial de la communauté roumaine dans le contexte économique québécois et canadien.

Comme vous avez bien remarqué, j’ai dit une première étape. Pour qu’une deuxième existe, je m’adresse aux hommes d’affaire roumains venus à cette réunion de se joindre à nous.

Ensemble, nous pouvons réaliser nos rêves

Calinic Toropu

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